Monsieur Lazhar : de l’innocence brisée

10 sept

Dans une école primaire de Montréal, une institutrice se donne la mort dans sa salle de classe, pendant la récréation. Bachir Lazhar, un immigré algérien, est embauché au pied levé pour la remplacer. Malgré les différences culturelles qui les opposent, le professeur apprend à connaitre ses élèves et l’attachement deviens vite réciproque. mais comment gérer le deuil de cette classe, étant soi-même en plein cœur d’une tragédie personnelle?

Adapté de la pièce Bachir Lazhar d’Évelyne de la Chenelière, ce film réalisé par Philippe Falardeau, est sorti au Québec en Octobre 2011. Timing parfait pour sa sortie en France, puisque elle-ci, bien que tardive, coïncide avec la rentrée scolaire 2012.Cette histoire c’est celle d’un professeur qui doit faire face au deuil.

Celui des enfants et les conséquences qui ne tardent pas à se faire sentir, malgré l’intervention d’une psychologue. Alors que le corps enseignant de l’établissement préfère oublier la tragédie qu’il vient de produire, Bachir sent le mal-être et les difficultés pour les enfants à comprendre et accepter le suicide de leur ancienne professeur.

Il y a aussi son propre deuil dont je ne vous dévoilerai rien , interprété à merveille par Mohammed Fellag, dont l’histoire personnelle à ressemble à celle du personnage qu’il incarne à l’écran.

Au milieu de ce drame, chaque personnage essaie d’apprendre à se connaitre, s’apprivoiser et trouver sa place. La question de l’éducation et ses limites est subtilement abordée, tout comme celle des difficultés à s’adapter aux us et coutumes d’une culture très éloignée de la sienne. Certains critiqueront cette diversité des thèmes abordés, mais je trouve que cela donne tout sa dimension à l’histoire.

* * * * * * * * * * * *

Mon avis :

Après avoir vu "A perdre la raison" la semaine précédente, j’avais envie de quelque chose d’un peu plus "léger", moins noir. Après m’être régalée devant l’autre film québecois de l’été "Starbuck", j’avais très envie de découvrir ce film. Un très beau moment!

Tout d’abord, les acteurs, même les enfants sont très bons. J’ai fini par oublier que j’étais au cinéma tant leur interprétation semblait naturelle. Mon oreille a mis quelques minutes à s’habituer à cet accent, que contrairement à beaucoup, j’adore entendre!

Le thème est loin d’être facile à traiter et pourtant j’ai trouvé que le réalisateur a adopté l’angle parfait pour le faire. Le deuil est amené avec beaucoup de délicatesse, on ne sombre pas dans le mélodrame, au contraire. Très subtilement, il est même ponctué de quelques notes d’humour.

Une belle œuvre, qui a fait un long voyage et nous parvient enfin, après avoir collecté quelques belles récompenses sur sa route!

Courez-vite, je crains qu’il ne reste très longtemps dans nos salles!

Rendez-vous sur Hellocoton !

Comment mon voisin m’a sauté (dessus) de bon matin!

3 sept

Jeudi dernier.
7h : le réveil sonne. Aujourd’hui Chéri a une réunion importante et doit partir tôt. Fatiguée, je me rendors.
7h30 : Chéri s’en va.
Fatiguée, je me rendors. Mais pas longtemps…
7h45 : l’interphone sonne. C’est le facteur. Il a un colis et me demande l’étage.
7h47 : l’interphone re-sonne. C’est le facteur de nouveau. La porte intermédiaire ne veut pas s’ouvrir, il faut que je descende.
Et merde! Je savais que j’aurai du signaler ce problème au syndic il y a déjà quelques jours.
Je suis à moitié nue, il faut que je saute dans des fringues un peu décentes avant de pouvoir descendre. Je n’ai même pas enfilé mes lunettes. Une chance que je ne me sois pas pris un mur en tentant d’atteindre l’interphone.

Je file à la salle de bain en ponctuant mon trajet d’une cinquantaine de "putain" et "merde". Non je ne vis pas dans un château, j’ai juste un débit d’insanité très important. Je trouve un pantalon, un soutif et un tee-shirt. Il est pourri mais tanpis, pas le temps ni l’envie de faire mieux. Avec un peu de chance je ne reverrai jamais ce facteur. J’attrape mes lunettes.
WAOUH MERDE… !! Je ne peux pas sortir comme ça!
De nouveau quelques "merde" et putain" qui m’échappent.
Un coton, de la lotion micellaire. Un élastique pour rassembler la tignasse en un mini-chignon.
Bon aller, ça fait déjà 3 minutes, faut que je descende.
L’ascenseur est occupé. Tant pis je prends les escaliers. 4 étages ça devrait le faire. Même à 7h50 du matin et avec mon niveau d’épuisement, j’ai une honnête chance de m’en sortir vivante. J’arrive dans le hall d’entrée. Le livreur est là… Un autre voisin aussi.
Merde! Lui il y a beaucoup plus de probabilité que je le recroise
Je signe sur le boitier électronique, m’empare du colis et rejoint l’ascenseur…. Où le voisin en question a eu l’amabilité de m’attendre.
Mais non, pourquoi t’as fait ça Monsieur?
J’avais pas envie de partager un voyage ascenseuriel (ne cherchez pas dans le dico, je viens d’inventer ce mot) ce matin. J’aurais même été prête à remonter les 4 étages à pied. Quand on me connait, on mesure l’exploit que cela représente.
Le problème avec moi c’est que je ne supporte pas le silence. Ca me fout super mal à l’aise et provoque en moi une réaction incontrôlable : il faut que je l’ouvre! Que je dise un truc. N’importe quoi.
Alors que j’aurai du la ferme ma gueule une fois de plus.
Je lâche donc tout innocemment " Oh cette porte, elle a vraiment un problème. Mais j’en ai parlé hier à Mr-le-président-du-conseil-syndical. J’espère que ce sera vite réparé!"
Ce que j’ignorais presque – en fait je crois qu’une infime partie de mon cerveau (encore endormi) savait à peu près qui était mon interlocuteur – c’est que le Mr-aimable qui m’avait tenu la porte n’était autre que l’ennemi juré de Mr-le-président-du-conseil-syndical.
Cela étant dit, tu peux être l’ennemi juré de quelqu’un et avoir un peu d’honneur et de pudeur. Oui mais voilà, lui, non. Il avait pas ça à l’intérieur de lui-même. Et moi je venais d’ouvrir la boîte de Pandore.
Il m’a tenu la jambe pendant 30 min, me livrant avec haine et mépris, tous les griefs et les reproches qu’il avait à l’encontre de Mr-le-président-du-conseil-syndical. Trente minutes. Si peu à l’échelle de l’humanité. Et pourtant In-ter-mi-na-ble pour mon petit cerveau fatigué tout juste réveillé. En trente minutes, la lumière de la montée d’escalier s’est éteinte 10 fois. 10 fois je l’ai rallumée.

J’ai tenté à plusieurs reprises de couper court, de lui faire comprendre que je n’avais pas d’avis à sur un conflit interpersonnel. Mes tentatives sont restées vaines. Oui parce Mr-plus-vraiment-aimable aime le son de sa voix. Il aime les mots et la syntaxe qu’il donne à ses phrases. Il n’est pas intéressé par toi. Il veut juste te rallier à sa cause de pauvre petite victime d’un méchant Mr-le-président-du-conseil-syndical pour se sentir plus fort.
"Sang contaminé, Tchernobyl… pu*** mais comment en est-il venu à parler d’évènements aussi tragiques à partir d’un simple problème de porte d’entrée????????? La prochaine fois je m’enfonce le poing dans la bouche jusqu’à m’en faire vomir s’il le faut.
Aux grands mots/maux, les grands remèdes! Le maximum que je suis capable de gérer le matin c’est de savoir comment je vais m’habiller. Tout effort intellectuel supplémentaire doit attendre environ 9h30 et surtout une bonne dose de café!

8h27 :  une femme crie dans la cage des escaliers "Christian!!!!!!!!!!!!????".
8h27 : l’heure de la LIBERATION

Et le colis n’était même pas pour moi….. !!!!!!!!!

A perdre la raison : chronique d’un infanticide

31 août

Ça commence par une histoire d’amour.  Celle de Murielle (Emilie Dequenne) et Mounir (Tahar Rahim). Ils sont jeunes, insouciants et amoureux. Elle est professeur, elle est naturelle et aime la vie. Lui a été adopté et élevé par André (Niels Arestrup) qui depuis toujours lui offre un grand confort matériel.
Mais l’histoire de ce couple tourne très rapidement en ménage à 3 et une ambiance  malsaine s’installe dans leur quotidien. André, manipulateur égocentrique, entretien une relation ambiguë avec Mounir et le couple en général. Il est omniprésent, jusqu’à partir en voyage de noce avec les jeunes mariés, et exerce un vrai contrôle psychologique et financier sur leur vie de famille.

Les années passent, les naissances s’enchainent et Murielle s’enfonce un peu plus dans la solitude et la dépression. Elle est épuisée par les responsabilités qu’elle assume seule (ménage, rangement, éducation, lessive, cuisine, couche-culottes), devient presque inexistante pour son mari, qui ne lui parle que pour la rabaisser. Quant à sa relation avec André, elle ne fait que renforcer son sentiment de culpabilité. La fin on la connaît. C’est le passage à l’acte : l’infanticide.

Ce film, librement inspiré d’un fait réel qui s’est produit en Belgique, ne juge pas, mais ne déresponsabilise pas non plus. On ne montre pas un coupable du doigt, de toutes façons il n’y en aurait pas qu’un. Non ici, le réalisateur nous plonge au cœur de cette famille et de ses dysfonctionnements. Il tente d’offrir au spectateur un regard extérieur sur ce drame, une meilleure appréhension des circonstances, au delà des a priori que tout un chacun peut ressentir face à ce drame.

* * * * * * * * *

Mon avis :

Je suis allée voir ce film avec une amie, et sans avoir lu ni critique, ni avis, parce que j’aime pouvoir me faire ma propre opinion, sans craindre l’influence de lectures élogieuses ou dénigrantes.

Aussi dur soit-il, A perdre la raison est un très bon film parce qu’il est à la hauteur de ses ambitions. Il ne juge pas, il explique avec beaucoup de justesse la descente aux enfers de cette femme, de cette mère, dont la détresse est invisible pour ses proches.
Il met en exergue les 2 composantes, à mon sens, qui pousseront cette femme au meurtre de ses 4 enfants : la manipulation psychologique et la solitude. Ils donnent des pistes de réflexion, des circonstances atténuantes, ils ajoutent un peu de gris à une toile pourtant noire ébène.

Les acteurs sont troublants de réalisme, et l’on oublie parfois qu’il s’agit d’un film, pas d’un documentaire. André est un personnage qui a suscité chez moi une angoisse et un malaise presque palpables tout au long de l’histoire.

Le film est réalisé avec beaucoup de pudeur. On ne montre rien, mais on comprend absolument tout. J’apprécie cette délicatesse vis à vis du spectateur.

Seul bémol :la durée. Je l’ai trouvé un peu long. Un peu sensibilisée au caractère psychologique de l’œuvre , j’ai très vite compris le contexte et l’issue tragique s’est très vite imposée comme inévitable

Quand les lumières s’allument, reste une interrogation : est-ce que ce drame pourrait me toucher, moi ou l’un de mes proches? Parce que rien ne laissait présager que cette femme pourrait un jour passer à l’acte…

Rendez-vous sur Hellocoton !