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Thaïlande 3 : L’envers du décor

16 Oct

Comme je vous le disais dans l’épisode précédent, ce voyage en Thaïlande je l’ai voulu profond, enrichissant et authentique. Pour le meilleur et pour le Pire.

Nous aurions pu nous contenter des sites touristiques, des balades en éléphant et des plages paradisiaques agrémentées de quelques cocktails de fruits frais.
Alors, j’aurais pu vous dire que la Thaïlande était un paradis terrestre, qui respecte les droits de l’homme, où la corruption n’existe pas et les enfants jouent tranquillement dans les rues en rentrant de l’école.

Mais puisqu’un pays ne se résume pas à ce qu’il a de plus beaux à offrir à ses touristes, nous avons décidé d’aller voir au delà des photos qu’on trouve sur les brochures des tours opérateurs, pour que l’expérience soit complète.

thailande-drogue-prostution-traffic-humainJe suis tombé sur le blog de Nadège, volontaire internationale pour l’association Enfants du Mékong dans un foyer d’accueil pour enfants à Chiang Saen, petite ville située à proximité du Triangle d’orJ’ai donc pris contact avec elle et nous avons eu l’immense chance de passer une journée sur le terrain avec elle et Kru Nam sa responsable, de l’association VCDF (Volunteers for Children Development Fundation).

Nous avons pris la route de Mae Sai, située à 65kms au nord de Chiang Saen  et frontalière avec la Birmanie, où nous avons rejoint les équipes de terrain.

Dans cette région , beaucoup de tribus vivent dans les montagnes birmanes  dans la plus grande pauvreté. Beaucoup d’enfants y naissent et sont vendus puis envoyés en Thaïlande où ils sont ensuite exploités dans des bordels, des commerces ou dans la rue. Arrivés sur le territoire thaï, ces enfants sont apatrides et ne bénéficient donc d’aucun droits fondamentaux, ce qui favorise d’autant plus leur exploitation.

Mae Sai accueille des milliers de touristes venus traverser la frontière (le pont – photo ci-dessus) pour une petite escapade en Birmanie, un tour au marché local de Tachilek ou encore le renouvellement d’un visa. Vous l’aurez compris, c’est un « terrain de jeu » idéal pour venir mendier.

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Le rôle des équipes de Kru Nam est d’assurer un lien avec ces enfants (et leurs mères parfois), de leur prodiguer des soins basiques (désinfecter des plaies, distribuer des médicaments…), leur apporter de quoi manger et boire… dans l’espoir qu’ils acceptent un jour d’être accueillis au foyer de Chiang Saen où ils seront nourris, logés, blanchis et scolarisés.

Qu’ils « acceptent » me direz-vous? Je me suis aussi fait la réflexion. En discutant avec les bénévoles de terrain, on a rapidement compris que passer la journée sur un pont à mendier s’avérait beaucoup plus lucratif que d’aller à l’école. Et quand les enfants pratiquent la mendicité depuis leur plus jeune âge, il est difficile de les convaincre que ce n’est pas une vie, aussi paradoxal que cela puisse paraître.

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Comme je vous le disais plus haut, il arrive parfois que l’association prenne en charge les mères, notamment en cas de grossesse. Celles-ci sont accueillies au foyer d’accueil d’urgence sur Mae Sai. L’enfant qu’elles attendent sera, si elles le souhaitent, accueilli au foyer de Chiang Saen et scolarisé le moment opportun.

Il faut savoir qu’en Thaïlande, il est possible pour un enfant d’obtenir la nationalité thaï après avoir été scolarisé pendant 10ans. La nécessité d’envoyer ces enfants à l’école est donc une préoccupation primordiale pour l’association. Leur permettre d’obtenir cette reconnaissance de l’état Thaï c’est avant tout leur garantir un avenir dans le pays, la possibilité de faire des études, de trouver un travail.

L’histoire de la femme photographiée ci-dessous est sordide. Nous l’avons rencontrée au début de la tournée, lui avons offert (à elle et son enfant) de quoi boire et manger, avant de poursuivre notre chemin en direction de la fameuse frontière-pont.

Plus tard dans la matinée, elle est venue à notre rencontre. Pas besoin de parler thaï ni même le dialecte de ces tribus pour comprendre que quelque chose de grave se passait ou s’était passé.

Rapidement, Nadège nous a expliqué la situation. Le mari de cette femme était en prison (pour une raison qui m’a échappé maintenant). Elle vivait dans un village des montagnes. Quelques mois auparavant, elle avait été violé par un des hommes du village… et était enceinte de son violeur. Impossible pour elle d’en parler à son mari. Impossible pour elle de rentrer au village duquel elle serait expulsée dès que son ventre se serait arrondi (bien sûr c’est pas la faute du violeur!).

A ce moment très précis j’ai essayé de toutes mes forces de retenir les larmes de peine, d’incompréhension, de révolte qui semblaient vouloir couler sur mes joues. Parce qu’en Thaïlande on ne montre pas ses émotions. Et aussi par respect pour cette pauvre femme qui n’a presque pas laissé transparaitre sa détresse.

Après plusieurs coup de fils, l’équipe lui a proposé de l’accueillir au foyer d’accueil d’urgence deux jours plus tard.

mae-sai-pauvreté-mendicité-traffic-humain mae-sai-pauvreté-mendicité-traffic-humain En fin de journée, nous avons repris la route pour le foyer de Chiang Saen (photo ci-dessous) et avons rencontré les 50 enfants qui y vivent (et qui ont presque tous étaient recueillis dans les rues de Mae Sai).

Au retour de l’école, les enfants se rassemblent sur le terrain de basket, en ligne, et « récitent » un hymne (dont je n’ai pas su la signification). Ensuite, chacun vaque à ses occupations : doucher les plus petits, préparer le repas des 50 autres, ramasser les déchets, nourrir les poules et les cochons…
Tout ce petit monde est encadré par 3 adultes. Et c’est amplement suffisant car les enfants sont autonomes et disciplinés, ils savent ce qu’ils ont à faire et le font spontanément, dans la joie et la bonne humeur, avec un sourire sincère et imperturbable.

Ça force le respect et l’admiration.
Ça vous secoue vigoureusement votre mentalité d’occidental.mae-sai-pauvreté-mendicité-traffic-humain mae-sai-pauvreté-mendicité-traffic-humainAprès tout cela, le plus dur restait à venir.

Partir.
Poursuivre notre route, sans nous retourner.
Sans pouvoir faire plus qu’offrir un gros carton de produits d’hygiène (savons, dentifrice, couches) et quelques kilos de riz.

Partir et ne jamais oublier de ces enfants, leur force et leur sourire.
Et cette fois, je n’ai pas pu retenir mes larmes.

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Depuis notre passage au foyer :
♥ Je ne sais pas ce qu’il est advenu de cette femme.
♥ Nous avons envoyer un gros colis de Noël pour les enfants du foyer.
Chéri a fait un joli don à l’association Enfants du Mékong.
J’ai parrainé une jeune thaïe via cette même association.
Nadège est rentré en France après 2ans passés au foyer de Chiang Saen.

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