Anneau gastrique : les bilans pré-opératoires #1

18 Nov

Peu de temps avant de me décider à envisager cette chirurgie, France 2 avait diffusé un reportage en 2 épisodes intitulé Le combat contre l’Obésité (Épisode 1 et Épisode 2 sur Youtube) . Les journalistes avaient suivi le parcours de plusieurs patients en obésité morbide prise en charge par le Pôle Obésité de la Clinique d’Angers. Des parcours assez longs et complexes qui s’étendaient souvent sur plusieurs mois, voire une année. D’où ma surprise, à l’issue de mon 1er RDV avec le chirurgien, lorsque celui m’a proposé une date deux mois plus tard. J’étais à la fois paniquée et rassurée. Avec le recul je suis ravie que cette intervention ait pu se faire rapidement, notamment parce que j’avais déjà processé, depuis de longs mois, cette démarche, que je me sentais prête psychologiquement et aussi parce que j’avais envie que l’opération soit vite un lointain souvenir.
Mais avant de retrouver le chirurgien à moitié nue sur un billard, j’avais quelques devoirs à faire :

Les bilans pré-opératoires ou « comment te faire analyser sous tous les angles par le corps médical » ou encore « comment perdre toute notion de pudeur en 7 RDV seulement »!

Bilan_préop_obésité

La prise de sang : assez classique au demeurant, on chercher à savoir si tu as du diabète, du cholestérol, si ton foie, tes reins fonctionnent bien  etc…
Le niveau de douleur est égal aux aptitudes professionnelles de la personne qui s’apprête à t’enfoncer l’aiguille dans le bras. Par contre, l’expérience est un brin flippante quand tu vois le nombre de tubes que cette même personne (que tu espères maintenant vraiment super compétente) vient de préparer dans les petits paniers prévus à cet effet!

La détermination du groupe sanguin : je crois que j’ai eu une carte de groupe de sanguin un jour mais impossible de remettre la main dessus après mes 8 déménagements et pas trop de temps à perdre donc j’ai profité de la prise de sang pour refaire cette carte (ce qui a certainement participé à 1/3 des 15tubes qu’on m’a prélevé ce jour là). Pourquoi est-ce indispensable? Et bien parce que sur une table d’opération, aussi peu invasive et risquée soit l’intervention, le risque de faire une hémorragie existe (très faible) et on peut avoir besoin de te transfuser, et dans ce cas là vaut mieux savoir à quoi tu carbures!

L’analyse d’urine sur 24h : de loin l’examen le plus glamour de toute cette série. Comme une partie de son nom l’indique, on veut savoir ce que tu pisses sur une journée complète, d’où le »24h »! A celles qui se disent déjà « oh ça doit pas être pratique d’apporter tes échantillons au Labo chaque fois que tu urines », je vous arrête là de suite. Les biologistes ont trouvé ZE solution : te fournir un bidon de grande capacité (à mon avis au moins 4L) , un peu similaire à une grosse bouteille de lait, mais en version transparente (pour te permettre de t’extasier sur la couleur, le comparer avec celles de tes cops!), qui va devenir ton meilleur ami pendant ce qui sera les 24 heures les plus embarrassantes de ton existence. L’avantage c’est que tu peux pisser debout comme un mec (qui n’en a jamais rêvé?). Non en fait, c’est pas tant que tu peux, mais qu’il est préférable que tu pisses debout, parce que rappelle toi la bouteille fait 4l. Il ne s’agit pas du petit récipient qu’on te tend gentiment à la médecine de travail, donc imagine la scène et tu comprendras qu’il n’y a pas 50 façons de s’en servir!
Pour le timing, t’as deux choix : soit tu es organisée, tu t’y es donc  pris à l’avance et tu as réservé un week-end pour rester chez toi, faire cela dans la plus stricte intimité. Soit tu es la reine de la procrastination comme moi, tu t’y ai prise au dernier moment et tu te retrouves condamnée à faire ça en pleine semaine. Donc à te trimballer avec ton bidon de pipi PARTOUT où tu vas, MÊME au boulot! Dans ce cas, je recommande l’utilisation d’un sac opaque (la couleur du sac n’a aucune importance, t’es plus à ça près) pour y mettre ton bidon et de ranger le tout dans un sac à dos (ne cherche pas à le faire rentrer dans ton sac à main, c’est trop encombrant et trop risqué en cas de fuite)

Le RDV avec l’anesthésiste : Avant toute chose il me parait primordial de t’expliquer que l’anesthésie était précisément la partie de toute cette chirurgie qui m’effrayait le plus. Peur de l’effet que je ressentirai au moment où je « partirai », peur de ne pas me réveiller aussi. Peur irrationnelle mais bien présente.
Et ce RDV, c’est celui qui m’a rappelé que « technicité » et « tact », bien que commençant par la même lettre (oui ok y a aucun rapport là), vont rarement de paire! Mais j’avais au moins la certitude en sortant, que le Dr CON****  devait être super bon dans son métier. Son nom aurait du me mettre la puce à l’oreille à l’époque, et pourtant j’ai pénétré dans son bureau avec toute ma virginité. Oui j’étais vierge de toute anesthésie générale, à 32ans. Je sais c’est dingue mais j’avais décidé d’attendre ce moment précis où je saurai, je sentirai, que c’était enfin le bon. Et mon corps avait eu l’amabilité de ne pas me tenter, il s’était fait tout petit, avait attendu patiemment que je sois prête pour le grand saut. Et maintenant j’étais terrifiée à l’idée que cette 1ère fois allait enfin arriver. J’imagine que ça fait toujours cet effet « la première fois ». J’espérais qu’il serait tendre, délicat, qu’il me dirait des mots doux et qu’il aurait un tact à toute épreuve. Après tout, lui avait fait ça tellement de fois, ça devait forcément lui conférer une aisance, une capacité à comprendre mes appréhensions, à m’appaiser…
Mon cul oui (et à l’époque il était justement énorme mon cul)!!
Il m’a annoncé, avec la froideur du marbre des escaliers de ma grand-mère, qu’il allait m’enfoncer son gros machin dans la bouche dès que je me serai endormie et qu’il le retirerait quand je me réveillerai, soit disant pour m’aider à respirer car j’aurai perdu mon tonus musculaire. Non mais quel genre de gentleman fait ce genre de chose? Il avait l’air un peu trop habitué, désabusé même, comme si cela n’avait pas d’importance. Avec le recul, je me demande même s’il n’a pas ajouté « finger in ze nose, les yeux fermés » pour me narguer. J’ai eu envie d’emprunter les mots de Jeanne Mas et lui crier que c’était ma « Première fois, toute toute première fois » mais je n’en ai rien fait (on n’est pas à l’abri d’une fausse note). Quelques secondes plus tard, je me suis rapidement repassé tous les épisodes de toutes les saisons d’Urgences (les 15 saisons), House (les 8) et Grey’s Anatomy  (les 9 premières) dans lesquelles il y avait eu « intubation ».
Et puis je me suis mise à pleurer (j’ai pas éclaté en sanglot non plus, mais j’ai versé quelques larmes) en imaginant qu’il allait falloir que je tousse pour aider l’expulsion de ce tube qui me paraîtrait sûrement mesurer 100m de long (oui, exactement la même longueur que la truite qui avait bouché le port de Marseille), que ce ne serait certainement pas Doug Ross ni même Dr Mamour qui serait là pour m’aider dans cette dure épreuve, et que quelque part tant mieux parce que j’étais aussi convaincue que je vomirai!
Et à cet instant précis, comme si la coupe n’était déjà pas assez pleine, ce jeune anesthésiste plein d’ambition me lance avec désinvolture « C’est pas la peine de pleurer Madame, on ne vous a pas forcé, c’est votre choix ». Excusez-moi du peu monsieur le docteur qui est déjà blasé en début de carrière : « ton bureau je te le fais bouffer maintenant ou quand tu seras endormi??? Et je te le retire avant ou après que tu ais récupéré ton tonus musculaire?? » <- ça c’est ce que j’ai rêvé de dire, et ça c’est que j’ai dit avant de rassembler mes affaires (et mes larmes) en me dirigeant vers la sortie -> : « C’est pas la peine, c’est pas la peine, mais c’est comme ça ». Ouais je sais, c’est tout pourri comme réponse, mais j’étais tellement contrariée qu’il ai foiré ce qui était censé être nos préliminaires pour cette première fois, que j’ai pas trouvé mieux. En tout cas, ça allait donner quand on en rentrerait dans le vive du sujet! Et puis évidemment qu’on ne m’a pas forcé, mais bordel j’ai quand même bien le droit d’être pa-niquée (<- t’as vu le jeu de mot!).

Et toi, t’as déjà envie de tuer une personne de corps médical?

Dans le deuxième épisode : je te raconterai L’échographie abdominale, La consultation avec l’équipe pluridisciplinaire et La gastroscopie.

Advertisements

2 Réponses to “Anneau gastrique : les bilans pré-opératoires #1”

  1. Audrey 18 novembre 2013 à 23:35 #

    Je suis désolée de te dire que j’adore lire tout ça!! Bien que le sujet soit plus que sérieux tu écris ça tellement bien que c’est génial a lire!! J’espère que des personnes dans ce cas lieront ces lignes ….
    Pour la question finale, perso j’ai aussi failli commettre un meurtre. En effet, quand a 28 ans ça faisait 3 ans que j’avais mal partout et que (au bord de la déprime et même proche du suicide tellement je n’en pouvait plus) mon médecin m’a dit: « mais vous savez… A 28 ans on n’a pas vraiment mal au dos…. ». Pour la plaisanterie, j’ai même rêver que j’écrivais un roman dans lequel il était ma première victime!!!!

    • Chez Laet 19 novembre 2013 à 11:01 #

      Ah mais surtout ne sois pas désolée! C’est justement le but recherché de faire rire, alors surtout fends-toi la poire, c’est le plus beau cadeau que tu puisses me faire!!
      Et pour le médecin… c’est sur j’imagine que tu n’avais que ça à faire de simuler une douleur, d’enchainer les traitements et les rdv à l’hosto.
      Ça la vie dont tout le monde rêve on sait bien!!

Le blabla c'est par là!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s