A perdre la raison : chronique d’un infanticide

31 Août

Ça commence par une histoire d’amour.  Celle de Murielle (Emilie Dequenne) et Mounir (Tahar Rahim). Ils sont jeunes, insouciants et amoureux. Elle est professeur, elle est naturelle et aime la vie. Lui a été adopté et élevé par André (Niels Arestrup) qui depuis toujours lui offre un grand confort matériel.
Mais l’histoire de ce couple tourne très rapidement en ménage à 3 et une ambiance  malsaine s’installe dans leur quotidien. André, manipulateur égocentrique, entretien une relation ambiguë avec Mounir et le couple en général. Il est omniprésent, jusqu’à partir en voyage de noce avec les jeunes mariés, et exerce un vrai contrôle psychologique et financier sur leur vie de famille.

Les années passent, les naissances s’enchainent et Murielle s’enfonce un peu plus dans la solitude et la dépression. Elle est épuisée par les responsabilités qu’elle assume seule (ménage, rangement, éducation, lessive, cuisine, couche-culottes), devient presque inexistante pour son mari, qui ne lui parle que pour la rabaisser. Quant à sa relation avec André, elle ne fait que renforcer son sentiment de culpabilité. La fin on la connaît. C’est le passage à l’acte : l’infanticide.

Ce film, librement inspiré d’un fait réel qui s’est produit en Belgique, ne juge pas, mais ne déresponsabilise pas non plus. On ne montre pas un coupable du doigt, de toutes façons il n’y en aurait pas qu’un. Non ici, le réalisateur nous plonge au cœur de cette famille et de ses dysfonctionnements. Il tente d’offrir au spectateur un regard extérieur sur ce drame, une meilleure appréhension des circonstances, au delà des a priori que tout un chacun peut ressentir face à ce drame.

* * * * * * * * *

Mon avis :

Je suis allée voir ce film avec une amie, et sans avoir lu ni critique, ni avis, parce que j’aime pouvoir me faire ma propre opinion, sans craindre l’influence de lectures élogieuses ou dénigrantes.

Aussi dur soit-il, A perdre la raison est un très bon film parce qu’il est à la hauteur de ses ambitions. Il ne juge pas, il explique avec beaucoup de justesse la descente aux enfers de cette femme, de cette mère, dont la détresse est invisible pour ses proches.
Il met en exergue les 2 composantes, à mon sens, qui pousseront cette femme au meurtre de ses 4 enfants : la manipulation psychologique et la solitude. Ils donnent des pistes de réflexion, des circonstances atténuantes, ils ajoutent un peu de gris à une toile pourtant noire ébène.

Les acteurs sont troublants de réalisme, et l’on oublie parfois qu’il s’agit d’un film, pas d’un documentaire. André est un personnage qui a suscité chez moi une angoisse et un malaise presque palpables tout au long de l’histoire.

Le film est réalisé avec beaucoup de pudeur. On ne montre rien, mais on comprend absolument tout. J’apprécie cette délicatesse vis à vis du spectateur.

Seul bémol :la durée. Je l’ai trouvé un peu long. Un peu sensibilisée au caractère psychologique de l’œuvre , j’ai très vite compris le contexte et l’issue tragique s’est très vite imposée comme inévitable

Quand les lumières s’allument, reste une interrogation : est-ce que ce drame pourrait me toucher, moi ou l’un de mes proches? Parce que rien ne laissait présager que cette femme pourrait un jour passer à l’acte…

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3 Réponses to “A perdre la raison : chronique d’un infanticide”

  1. My Little Discoveries 9 septembre 2012 à 09:36 #

    J’ai vu ce film hier et quelle claque!!! Par contre je pense que le spectateur gagnerait à ce qu’on ne sache pas avant la séance ce qui se passe à la fin. Emilie Dequenne est bouleversante, elle a bien mérité son prix d’interprétation « Un certain regard » à Cannes.
    Ma critique sera en ligne cette semaine, bon week-end Laet!

  2. Assya 13 septembre 2012 à 14:15 #

    C’est tout pourri de dire qu’elle va tuer ces enfants. J’avais entendu parler de ce film. je comptai aller le voir sans regarder la bande annonce.
    grrrrrrhhhhh

Trackbacks/Pingbacks

  1. Monsieur Lazhar : de l’innocence brisée « - 10 septembre 2012

    […] avoir vu “A perdre la raison” la semaine précédente, j’avais envie de quelque chose d’un peu plus […]

Le blabla c'est par là!

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